Cyril Aouizerate (Mob Hotel) : aubergiste engagé crée café-concert et hôtel philosophique

Rencontre avec un hôtelier qui n’en est pas un



De passage à Lyon, nous avons visité l’une des adresses de Mob Hotel, imaginé par l’intellectuel-hôtelier Cyril Aouizerate. On a parlé société, culture, design, hôtellerie, service, avenir, passé, envies et avenir.... Entre autre.


Rédigé par le Vendredi 29 Mars 2019


hôtel, café philo, salle de concert, bibliothèque... Nous avons tenté de rentrer dans la tête de Cyril Aouizerate pour comprendre le concept de Mob Hotel - crédit photo : Aldo Paredes
hôtel, café philo, salle de concert, bibliothèque... Nous avons tenté de rentrer dans la tête de Cyril Aouizerate pour comprendre le concept de Mob Hotel - crédit photo : Aldo Paredes
L’hôtel est un théâtre. Et un parlement, ce qui revient à peu près à la même chose, quelque part. Un lieu de rencontre, et ceux qui n’aiment pas la rencontre n’ont rien à faire chez nous.

La messe est dite. Cyril Aouizerate ne fait pas dans la dentelle et il a créé un lieu à son image.

Mob Hotel est né de cette envie de lieu hybride, lieu de convergence et de rencontre, où la culture ne ferait pas que s’inviter dans l’hôtellerie, mais y aurait autant de place que les chambres ou le restaurant.

Elle ne serait pas là « en plus », elle ne serait pas l’un des services délivrés par l’établissement, mais l’ADN du lieu. Et pour cause : le créateur des Mob Hotel n’est autre que le propriétaire de feu la Flèche d’Or, cette salle de concert rock mythique de l’est parisien.

L’OPA de la culture sur l’hôtellerie

Avec son look de rabbin hipster et son discours à la fois bienveillant et radical, Cyril Aouizerate a tranquillement installé la culture dans le monde de l’hôtellerie.

La culture n’est pas invitée à prendre place au Mob Hotel : elle a fait une OPA dessus et s’en est emparé, et c’est comme si finalement, en réalité, l’hôtel n’était presque là que pour avoir un coin où squatter après un concert.


« Je suis ravie que les grands groupes et industriels de l’hôtellerie s’intéressent à la culture, tant mieux s’ils se rendent compte qu’elle est un vrai lien social. De notre côté, nous sommes issus de ce monde c’est toute la différence. Pour nous, la culture c’est une matière vivante, j’ai enseigné, j’en ai fait mon métier, je viens de là » insiste-t-il.

A la tête du Mob Hotel lyonnais, le directeur Mathieu Lecan arrive lui aussi dans l'hôtellerie via le monde de la culture : « Je n’ai pas un profil hôtelier, je viens de la culture, c’est là qu’est mon réseau ce qui permet d’imaginer toute sorte d’événements intéressants ».

Concerts en terrasse ou en petit comité, cinéma en plein air, DJ session, conférences, expo photos… Les Mob Hotels se dessinent comme des espaces culturels pour les locaux, comme pourraient l’être une salle de spectacles de quartier autant que comme des hôtels.

« Pour nous, ajoute-t-il, l’idée est surtout celui de créer un tiers lieu, où on peut emprunter un livre, écouter un concert ou dormir. La culture créé un brassage unique, qui va à merveille avec l’idée de voyager et de faire des rencontres ».

Ici comme à Saint-Ouen, un mur entier est recouvert de livres. Ils ne sont pas là pour décorer et créer une atmosphère chaleureuse mais sont accessibles au prêt, et chacun peut venir remplir la bibliothèque en ajoutant ses propres livres.

La philosophie s’invite aux toilettes (et pourquoi pas ?) avec des réflexions illustrées au design simple et ludiques ou des bandes-son qui résonnent comme autant d’invitation au voyage intellectuel.

La culture à ma droite… Et la rencontre à ma gauche, l’un n’allant pas sans l’autre, du moins, pas dans l’esprit foutraque et pourtant clair(voyant) de nos interlocuteurs.
crédit photo : Aldo Paredes
crédit photo : Aldo Paredes

Ouvertement engagé

Qui n’a pas ressenti cet élan amical totalement excessif pour son voisin de concert n’a pas vraiment expérimenté ce qu’est un concert. La culture facilite la rencontre. C’est le cas aussi pour l’engagement.

La conscience politique chevillée au corps, Cyril Aouizerate n’est pas du genre à la laisser au placard. C’est même l’inverse : elle lui sert de levier pour créer l’identité de Mob Hotel : « A Lyon, on a placé un grand portrait de Jean Moulin au-dessus de la réception. Il trône, comme pour dire : voilà, ça, ce sont nos valeurs, si ça ne te plaît pas tu n’as rien à faire ici, dégage. Et je m’en fous si c’est segmentant, nous ne sommes pas là pour plaire à tout le monde ».

Mais derrière la grande gueule, c’est surtout un signe de ralliement, car pour son fondateur, Mob Hotel, ce sont « des zones de respiration dans une société en désordre ».

Pour se défaire des tensions séparatistes de notre époque, il s’appuie sur des personnalités inspirantes, parce que « ça dit quelque chose du monde dans lequel on veut vivre, ouvert sur l’autre et sur le dialogue, c’est une prise de position ».

Regis Debray, Nick Cave, Frida Kahlo, Aimé Césaire, Vladimir Jankélévitch mais aussi des seconds couteaux sans qui les premiers ne seraient rien : Steve Biko plutôt que Nelson Mandela, Steve Wozniak plutôt que Steve Jobs…

Et ça n’est pas peut-être finalement pas un hasard si ce philosophe de formation se tourne vers l’hôtellerie, où la question de l’accueil est centrale, comme dans notre société. « A l’origine, le plan de table servait à éviter les conflits. Il faudra bien qu’on parvienne à accueillir ceux qui demandent à être accueilli, à la fin il faudra bien s’entendre ».

S’il ne se dit pas hôtelier, Cyril Aouizerate se voit bien dans le rôle de l’aubergiste, sorte de trait d’union convivial entre ceux qui arrivent, ceux qui restent, et ceux qui partent.

Un message qui passe aussi par la création à Lyon d’une petite salle de jeu, réunion ou concert : le Parlement, « une vision condensée et radicalisée du parlement anglais, c’est la défense d’une vision démocratique du débat ».

Tout est politique, et tout est histoire de rencontres, de curiosité et d’expérimentation.
crédit photo : Aldo Paredes
crédit photo : Aldo Paredes

"la déclinaison, ça m'emmerde"

Évidemment, toute la restauration est bio et locale.

Et puis parce que la télévision c’est bien mais la rencontre, c’est pas mal non plus, les chambres des Mob Hotels sont dénuées d’écran. « Chacun fait ce qu’il veut, nous soignons les connexions wifi, ceux qui le souhaitent peuvent profiter de leur écran personnel. Mais notre philosophie ne va pas dans ce sens » explique le fondateur.

Toujours cette idée de brassage, car pour lui, les nouvelles métropoles ne sont faites que de ça : une vision globale du monde, des similitudes de vies, et l’idéal d’une vi(ll)e ouverte sur le culturel et proche des lieux de production culturelle.

Un même adn dans toutes les métropoles, mais pour autant, le modèle n’est pas dupliqué d’une adresse à l’autre.

« A Saint-Ouen, Lyon, Gare de l’Est, Bordeaux, bientôt aux Etats-Unis… chaque adresse est très différente, je ne veux pas décliner, la déclinaison ça m’emmerde ». Au-delà de ce qui plaît ou pas au maître des lieux, l’idée est surtout de prendre la température du quartier où est implanté le Mob Hotel ou Mob House.

D’un style très ouvrier et « faubourien » à Saint-Ouen, le Mob Hotel se fait contemporain à Lyon Confluence, où l’idée est de laisser les plantes prendre le pouvoir sur le bâtiment. Mob Hotel se plie aux attentes du voyageurs.

« On arrive à la fin du modèle de la duplication, c’est un non-sens total, c’est contre naturel s’exaspère Cyril Aouizerate. Il y a une nouvelle ère. Les industriels du secteur commencent à voir la fin de ce business model où tout se vaut »

Se décrivant comme un petit groupe familial, Mob se place à l’inverse de ce système : « eux, ce sont des financiers, nous, des hôteliers ».

S’il n’a pas pour ambition « d’ouvrir 150 hôtels dans le monde », Mob aujourd’hui c’est déjà d'autres Mob Hotel : un autre à Saint-Ouen, à Paris Gare de l’Est et à Bordeaux, sur le modèle du motel californien, un nouveau concept avec le Mob House, et de gros projets pour 2022 et 2023 : 150 chambres à Whashington DC et 200 à Los Angeles, Chinatown et pourquoi pas bientôt à New York.

Un groupe international ? Non. Une franchise ? Restez poli. « Une coopérative, développée et gérée par nous mais dont les territoires sont plus ou moins séparés de Mob Hotel ». Imaginer une marque dédiée, mais des hôteliers indépendants. Jusqu’au prochain projet.
crédit photo : Aldo Paredes
crédit photo : Aldo Paredes

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Juliette PIC
Si mon cœur balance entre Paris et Marseille, j’ai posé mes valises au sein du groupe TourMaG... En savoir plus sur cet auteur

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