Meal Canteen, l’appli qui fait disparaître le gâchis alimentaire

Pour la restauration collective



L’un des grands enjeux du secteur de la restauration aujourd’hui est la gestion du gâchis alimentaire. Et le plus grand pourvoyeur, c’est la restauration collective. Fort de ce constat, l’entrepreneur Denis Olivier a créé Meal Canteen, une appli anti-gaspi simple… Et efficace.


Rédigé par le Lundi 6 Mai 2019


Tout commence à Rungis. « Je suis allé visiter le marché de la marée. Je n’avais jamais vu autant de nourriture dans un seul endroit, et ça ne représentait que 2 jours de consommation » explique Denis olivier, créateur de Meal Canteen, une application qui vise à réduire le gaspillage alimentaire en restauration collective.

Et les chiffres lui donnent raison. Les ressources naturelles s’épuisent, et 30% de l’alimentation de la planète est finalement jetée. En France, on jette chaque année environ 10 millions de tonnes de nourriture en France – dont 800 000 tonnes proviennent de la restauration collective.

Non pas que les professionnels soient moins précautionneux que leurs confrères, mais il n’est jamais simple de cuisiner quand on ne sait pas combien de convive devront être nourrit – ni ce qu’ils voudront.

S’il existe des solutions, elles n’interviennent qu’après, dans le retraitement des déchets, mais puisque « le meilleur déchet est encore celui qu’on ne produit pas », Denis Olivier a décidé de porter son action en amont du repas.

Comment ça marche ?

L’application a deux entrées : l’une pour le client, l’autre pour le restaurateur.

Le convive a de mini à minuit pour choisir ses plats du lendemain. A minuit, l’intégralité des données est envoyée en cuisine. A son arrivée, l’équipe peut évaluer les quantités à produire.

Pour « emmener les clients vers ce nouvel usage », indique Denis Olivier, l’application donne un nutriscore, des informations sur les valeurs caloriques, les possibilités d’allergènes ou encore la transparence sur la provenance « parce que le client veut savoir si ce qu’il mange est local, bio, ou provient d’un abattoir polonais pour aller vite ». L’équipe enrichit aussi le contenu avec des anecdotes historiques et culturelles en mode « le saviez-vous ».

Il pourra ensuite de noter le plat et/ou laisser un commentaire sur l’application. Un petit plus qui pour le fondateur de la start-up fait toute la différence : « Beaucoup nous disent qu’ils sont accro et que leur premier réflexe c’est de consulter la notation, ça les pousse beaucoup, la qualité s’améliore, et le client laisse moins de déchets ».

Autre avantage pour réduire le gâchis en aval de la préparation : puisque les plats sont réservés en amont, il n’y a pas de mauvaise surprise pour le retardataire qui ne déjeunera pas par défaut – et en laissera donc moins.

Autant que le gâchis, la frustration du client est réduite d’autant que l’application sert aussi de coupe-file : autant de données pour fidéliser la clientèle.

Une courroi de transmission

Côté cuisine, l’usage est on ne peut plus simple : Meal Canteen est disponible sur mobile ou sur l’ordinateur directement, « pour n’exclure personne ». Un onglet restaurateur puis un mot de passe et il est dans son espace, à partir d’où il peut évaluer les quantités.

Pour les aider à épuiser 100% de leurs stocks alors que les commandes ont été faites 3 à 4 semaines avant, la start-up incite les pros à passer ces restes sur une autre recette, qui n’est pas dans le menu du jour mais qui devient l’offre limitée, disponible uniquement via l’appli. C’est aussi le cas de certains desserts, qui ne sont proposés que sur l’application.

« Nous, on suggère, mais on ne conçoit ni ne propose aucune recette. Nous ne sommes qu’une courroie de transmission » ajoute Denis Olivier.
Ces exclusivités (et le service coupe-file) sont de vrais moteurs pour l’usager. Résultat : l’application compte 30% d’utilisateurs au début et réunit 80% des clients au bout d’à peine 2 mois.

L’application intègre aussi un algorithme qui évalue, à partir des choix des inscrits, quels sont les probabilités de choix des convives non-utilisateurs. « Ces statistiques sont ultra justes dès le démarrage et plus on monte en nombre d’utilisateurs, plus la valeur pour les clients restants est juste ».


Flirter avec le million de réservation d’ici 1 an

Meal Canteen se rémunère sur l’argent gagné par la réduction du gâchis alimentaire.

Entre la nourriture elle-même, l’électricité, l’eau, la main d’œuvre et le retraitement, ce sont 2,7 milliards € de dépenses inutiles par an. « Une étude de l’ADEME de juillet 2016 portait la perte à 68centime / plat. Nous nous appuyons sur ce chiffre pour créer un modèle économique vertueux et circulaire où tout le monde est gagnant : le convive, le professionnel, et nous ».

Gratuite pour le client, l’application compte sur le gain effectué par le professionnel en évitant le gaspillage. Sur les 68 centimes, Meal Canteen en récupère 33 et laisse la majeur partie – 35 – au professionnel, qui du coup y gagne aussi « et peu l’investir dans les circuits courts et le bio » se félicite Didier Olivier.

L'équipe Meal Canteen
L'équipe Meal Canteen
L’application est entrée sur le marché en janvier 2018, après 2ans d’itération et de programmation. Financée par une première levée de fond, un prêt bancaire et un autre de la BPI le tout à hauteur d’1 200 000 €, Meal Canteen a pu rapidement se constituer une équipe et intégrer notamment Magalie Gretteau, un atout majeur pour le déploiement de l’application.

Après un passage à la préfecture d’Essonne et celui de Rhône-Alpes, et un autre à la métropole de St Etienne, elle s’est forgé un solide réseau.

Résultat : le premier contrat a été signé avec une gendarmerie en Rhône Alpes, avant d’enchaîner une semaine plus tard avec les plateaux de tournage de France Télévision. Une dizaine de clients, pour la plupart des institutionnels, des collèges et des lycées… Et bientôt l’Armée de Terre. En tout 500 000 réservations pour 1000 convives / jour.

Le projet c’est de passer à 800 000 voire pourquoi pas 1 millions d’ici un an.
« En Septembre, on intègre de nouveaux lycées et collèges, l’armée de terre, des appels d’offres sur d’autres départements… Beaucoup de développement à mener de front, il va y avoir une grosse accélération à la rentrée ».

L’autre ambition : répondre à la demande dans les Dom-Tom. « On a des demandes à La Réunion, en Guadelooupe et à la Martinique car tout vient de loin et le gâchis coute beaucoup plus cher qu’ici » explique Denis Olivier. Répondre à la demande est compliqué à cause de problème de fuseau horaires mais l’équipe y travaille afin de donner à tous la possibilité de réduire son empreinte où qu’il soit sur la planète.

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Juliette PIC
Si mon cœur balance entre Paris et Marseille, j’ai posé mes valises au sein du groupe TourMaG... En savoir plus sur cet auteur

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