« Nous avons des entreprises mais personne pour y travailler » Roland Héguy

Congrès de l’UMIH 2018



« Ici, on recrute ! » C’était le thème du Congrès de l’UMIH début décembre 2019. Et en effet c’est le grand sujet du secteur. Alors que le chômage est la préoccupation numéro 1, c’est plutôt le manque de main d’œuvre qui préoccupe les hôteliers et restaurateurs. Comprendre pourquoi, échanger les bonnes pratiques et trouver des solutions, c’est ce à quoi se sont attelé les congressistes.


Rédigé par le Mardi 11 Décembre 2018


L'UMIH s'est penché sur le manque de personnel dans le secteur - Photo : domaine public
L'UMIH s'est penché sur le manque de personnel dans le secteur - Photo : domaine public
Il suffit de traverser la rue, proposait Emmanuel Macron, arguant que les métiers de la restauration et l’hôtellerie étaient en demande. Si le constat est réel, les pros n’ont pas forcément apprécié le conseil.

« C’est un peu court, répond Roland Héguy, président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH). Nos métiers nécessitent une formation et un apprentissage. Remercions le président d’avoir mis en lumière la crise de l’emploi dans le secteur mais mettons-le au défi de nous soutenir ! »

Le soutien de l’Etat

Pour Roland Héguy, l’État et les services publics sont l’un des moteurs qui pourraient aider à recruter les 100 000 emplois manquants.

Lors du Congrès, il plaidait pour une défiscalisation des heures supplémentaires, « dès janvier 2019 pourquoi pas ? ». Il semblerait qu’Emmanuel Macron l’ai entendu puisqu’il annonçait hier la réforme pour 2019, en attendant la mise en place d’un agenda par le Premier ministre dans les prochaines heures.

Côté administration, l’UMIH plaide pour une reprise du dialogue avec Pole Emploi. « C’est le dernier endroit où on va quand on cherche un emploi et quand on cherche à recruter. Il faut une meilleure communication et travailler en cohérence avec les entreprises pour être efficaces ».
Le service public est aussi attendu dans le soutien à la formation.

Région, département, intercommunalités se renvoient la balle, mais, rappellent les congressistes, il est urgent d’être au plus près des jeunes et de leur donner envie, dès le lycée, de « traverser la rue ».

Attirer les jeunes

Travailler toute sa vie dans la même entreprise n’est plus ni envisageable, ni envisagé par les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Habitués au zapping et au contrats courts, ils recherchent plus de souplesse. Et c’est l’un des problèmes : le secteur est vu par le grand public comme particulièrement contraignant et difficile.

Une image qui ne devrait pas être si problématique, à l’heure de l’uberisation de la société, soulève Claire Piau, responsable des études branche tourisme à l’Observatoire Prospectif (Fafih) : « Le secteur est perçu comme innovant par des jeunes qui délaissent le secteur pour s’uberiser, parce qu’il y a une image plus valorisante de startuper ».

Et le chef cuisinier Thierry Marx de résumer : « les jeunes ne veulent pas se sacrifier, ils veulent du fun ».

Le bien-être au travail

Mais le problème est plus large et nécessite « une vraie remise en question, indique Roland Héguy. Nous faisons fausse route : on a des entreprises et personnes pour y travailler, nous avons besoin de réponses ambitieuses, et modernes, en s’appuyant sur la valeur travail et le bien-être au travail ».

Car si la société devient participative, le secteur de l’hôtellerie et la restauration reste très hiérarchique et vertical. Une contrainte sur laquelle les congressistes se sont penchés, proposant de laisser plus de place aux nouveaux venus, les impliquer plus dans la vie de l’entreprise et mettre un peu plus d’horizontalité dans le management.

« Il faut leur donner envie, martèle Roland Héguy. Nous devons gagner les cœurs, quitte à nous remettre en cause et en finir avec des pratiques trop longtemps tolérées de management autoritaire. Nos contraintes peuvent devenir nos atouts. L’humain est au cœur de notre métier, nous devons changer et nous en avons l’audace ».

La formation à revoir

Le problème du recrutement se retrouve aussi dans la formation à deux vitesses, comme le résume une restauratrice présente au Congrès à Saint-Étienne : « Les élèves qui sortent des lycées hôteliers ont beaucoup de théorie, peu de pratique et s’attendent à commencer bas mais avoir très vite un bon salaire. Ils déchantent vite et partent. En face, on a des apprentis que l’on forme, que l’on connaît, qui pratiquent, mais que l’on envoie chez nous parce que l’on ne sait plus quoi en faire, et que l’on doit aussi éduquer, même les bases du métier : merci, bonjour, au revoir… ».

Des disparités qu’on retrouve aussi dans les chiffres : 75% de jeunes formés en lycée hôtelier changent de voie, contre 20% des apprentis. « Toute l’orientation est à revoir pour passer du « par défaut » au « par envie » » résume Roland Héguy.

Les migrants, une solution pérenne

L’UMIH se laisse un mois, jusqu’à la fin janvier 2019 pour échanger des bonnes pratiques et échanger sur le sujet, et notamment sur des types de formation vidéo, la valorisation des employés, ou les plateformes de recrutement type « nos talents nos emplois » en Auvergne Rhône-Alpes.
Mais une solution d’actualité ressort : le recours aux migrants.

« J’ai des migrants dans mon établissement, témoigne un congressiste. Ils se projettent dans l’avenir, vraiment. J’embauche notamment un pâtissier qui a déjà un parcours tracé, il sait où il va, n’hésitez pas vous aurez de belles surprises ! ».

« La motivation est importante, ils sont le plus souvent attentifs à bien faire
, ajoute Alain Regnier, délégué interministériel à l’intégration des réfugiés. Reste 3 défis à relever : la langue, l’hébergement, la mobilité »

Le monde de l’hôtellerie, en tout cas, est prêt à accueillir des réfugiés. Et pour rassurer les hésitants, Alain Regnier explique : « L’Union Européenne et les États-Unis ont accueilli 2% des réfugiés du monde. Accueillir 40 000 personnes quand on est 70 millions d’habitants ne devrait pas être hors de portée. »

Des personnes qui pourraient bien aider le secteur à surmonter la crise de l’emploi.

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Juliette PIC
Si mon cœur balance entre Paris et Marseille, j’ai posé mes valises au sein du groupe TourMaG... En savoir plus sur cet auteur

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