Solidarity Accomodation : quand l'hôtellerie s'engage pour l'hébergement social

Interview de Dominique Saric, président-fondateur de Solidarity Accomodation et hôtelier



Aider à lutter contre le mal logement ? Pour un professionnel de l'hébergement de loisir, la question est pertinente et Dominique Saric, hôtelier indépendant, se l'est posé. Il a créé l'association Solidarity Accomodation, qui s'appuie sur les professionnels de l'hôtellerie pour générer des dons et les reverser pour des actions concrètes.


Rédigé par Rédaction Hotel&lodgePRO le Jeudi 27 Juin 2019


Crédit photo : Depositphotos_feyyazalacam33
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C'est en période de canicule - comme aujourd'hui - ou de grands froids que le mal logement se rappelle douloureusement à notre mémoire, souvent défaillante, de citoyen.

C'est ce qui a poussé Dominique Saric, il y a déjà plus de 20 ans, à se questionner sur ce que pouvait faire son secteur - l'hébergement de loisir, qui tourne rarement à plein.

D'un côté un nombre important de personnes sans logis ou de mal logés, de l'autre des chambres vides, il y a forcément quelque chose à faire.

De ce constat est né Solidarity Accomodation, qui s'est donné pour mission d'être un lien entre le secteur de l'hôtellerie et les associations luttant contre le mal logement.

Il nous explique son engagement en 5 questions.

C'est quoi, Solidarity Accomodation ?

A la base, tout part d'un constat : nous avons des chambres vides et dans les rues il y a des sans domicile fixe.

Il n'était pas question de mélanger SDF et clientèle de l'hôtel, mais on peut tout à fait mêler commercial et social. La question est comment ? En s'appuyant sur l'humain pour générer du don.

Depuis sa création en 2018, Solidarity Accomodation a créé une plateforme qui fait le lien entre l'hôtellerie commercial et l'hébergement social. Nos missions sont de sensibiliser, communiquer et collecter des dons.

L'idée c'est simplement de demander 1€ par nuit au client, ce qui correspond à un budget suffisamment restreint pour pouvoir en générer suffisamment. Avec 25 ou 30€ par chambre et par an, nous serions ravis.

Au Flaubert nous avons 40 chambres, si nous générons 1000€ / an nous serons très contents, le but n'est pas que chaque hôtel dégage une grosse somme mais de faire parler et que les hôteliers soient nombreux.
Solidarity Accomodation : quand l'hôtellerie s'engage pour l'hébergement social

Tout passe essentiellement par la communication vers le grand public ?

Oui, le but est de communiquer auprès du grand public, de faire passer le message à la clientèle pour l'engager.

Nous avons créé deux sites : le site vitrine qui est plus destiné aux professionnels de l'hôtellerie, décrit nos actions et explique comment participer. Le site 1€ / nuit permet d'aller directement vers les clients et les responsabiliser et voir les actions soutenues.

Concrètement, ça peut commencer par le réceptionniste qui communique sur Solidarity Accomodation et renvoie vers le site 1€nuit.

Certains vont choisir de communiquer par la vidéo, via un spot qui passe sur la télévision dans les chambres. D'autres préfèrent mettre un flyer à disposition dans la chambre. Sur ce dernier mode de communication les retours sont intéressants. Plusieurs contacts ont d'ores et déjà été pris et nous avons reçu des félicitations de nos clients.

On peut aussi proposer un mécénat aux entreprises qui louent pour les voyageurs d'affaires, 1€ / nuit / salarié c'est aussi une bonne manière de communiquer auprès de leurs propres clients et responsabiliser leurs salariés.

Pourquoi pas aussi en parler aux fournisseurs ? Tout est possible en tout cas l'hôtelier est chez lui et il fait comme il veut.

Vous vous appuyez surtout sur des indépendants ?

Nous sommes à l'écoute et ouvert à tout.

Nous comptons nous mettre en contact avec divers acteurs, Logis Hotel l'UMIH, The Originals Hotels - Human hotels etc...

On débute par des hôteliers indépendants mais le développement de l'idée passera par de plus grandes structures

Pour autant il est vrai que l'action est plus simple pour un indépendant, ou des structures de 5 ou 6 établissements. Il y a des politiques de groupes : chez Accor il y a leur fondation, Marriott soutien l'Unicef, les objectifs ne sont pas toujours les mêmes.

Souvent, les grands groupes aident depuis le siège, nous au contraire nous voulons redescendre vers le client, le sensibiliser, le faire agir lui. C'est aussi une forme de communication, finalement le social est à la mode.

Au delà du nombre de chambres, tout type d'hôtel de toute taille peut potentiellement agir. Pour reprendre l'idée du mécénat,

Où en êtes-vous ?

Nous nous appuyons sur LinkedIn, où nous avons déjà un réseau de 27 000 contacts auprès desquels nous communiquons et parmi lesquels on a tout de même 1300 à 1400 personnes prêtes à s'engager.

Pour le moment nous sommes en phase de test, en septembre on évaluera les résultats et on se lancera réellement, avec pour seul impératif : laisser à l'hôtelier le choix de communiquer comme il veut sur les actions qu'il souhaite soutenir, qu'il soit libre d'aller dans la direction la plus adaptée à son établissement, le but étant qu'il en parle.

Pour 2020 on mise sur 10 à 20 000€ de dons, ce ne sont que des estimations mais ce serait vraiment très satisfaisant. Mais c'est un peu l'année test, personne n'est capable de savoir si nous allons faire 1000€ ou 10 000€.

Pour l'instant en tout cas on a déjà des premiers retours sur la méthode et les possibilités de dons doivent être allégées. Nous sommes en contact avec la société HeoH pour étudier la mise en place de leur module Good Transaction (NDLR : le don sur terminal de paiement) dans les hôtels.

Le nom sonne anglosaxon, vous pensez à l'international?

Là on démarre, il ne faut pas aller trop vite mais on peut rêver quand même !

Alors pourquoi pas l'international ?

Tout est imaginable, mais il faudrait qu'ils créent leur propre structure. Les règles sont différentes partout : sur le charity business, les anglo-saxons sont plus avancés que nous, les aspects juridiques et les mentalités sont différentes.

Nous avons des contacts notamment avec un hôtel à Cuzco au Pérou et à Londres. Et même s'il faut du temps, c'est déjà très positif qu'ils veuillent participer, il faut évaluer et trouver les réponses adaptées.

Je suis pour une utopie réaliste mais pourquoi ne pas l'envisager dans 15 - 20 ans ! Comme pour le bon vin, il faut du temps pour faire bien les choses.

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